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Nouveaux Mondes

A room with a view
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February 09

UnderGround for dinner

 Se donner rendez-vous sur internet ; recourir au bouche à oreille ; rejoindre le cercle étroit de quelques initiés et se retrouver autour d' une table, à dîner dans un endroit secret. C' est ainsi qu' à Londres on se rend dans des endroits ultra confidentiels pour des dîners intimes, réservés aux amateurs de l' underground et respectueux de la seule règle qui tienne, la plus stricte discrétion. Jeux de rôles ? Messes noires ? Parcours initiatique avec hommes en toge noire et escort girls nues ? Il s' y serait bien vu... Mais rien de tout cela. Rien qui puisse s' apparenter aux personnages d' " Eyes wide Shut " de Stanley Kubrick... Les indications envoient les intéressés dans le quartier d' Hackney, au nord-est de Londres ; des immeubles à l' extérieur quelconque et sans grand charme qui ne dévoilent rien. C' est là que se retrouvent les amateurs d' aventures nouvelles, différentes, culinaires, voire sociales. Plutôt que de se rendre dans un restaurant traditionnel, les dits initiés préfèrent pousser la porte d' un appartement, où l' on est reçu par un couple qui transforme sa salle de séjour en mini salle de restaurant un soir par semaine. Horton est musicien et pour l' occasion il se convertit en chef cuisinier. Avec sa femme Rachel, ils ont décidé de se lancer dans cette aventure culinaire en se mettant aux fourneaux et en recevant les visiteurs  dans leur salle de séjour, avec les moyens du bord et au milieu de leurs meubles et de leurs bibelots. La table est accueillante, la nappe rouge et de petites bougies donnent un air de fête à l' endroit. Bien sûr, on ne peut débarquer chez Rachel et Horton en grand nombre. Horton est à la cuisine, pendant que Rachel assure le service. Le menu joue un peu la carte du mystère elle aussi : les convives ne découvrent les plats qu' une fois attablés. Horton prépare les menus de son choix mais ils s' articulent essentiellement autour de recettes végétariennes ou japonaises. Evidemment, il ne faut pas s' attendre à faire fortune dans ce genre d' entreprise. La règle veut que c' est au visiteur de décider ce qu' il voudra donner, sans doute un peu comme une note qu' on attribuerait à la fin du repas. Le couple dit cependant s' en sortir et rechercher surtout l' échange et la convivialité avec les visiteurs, inconnus bien souvent. Ceux-ci se déclarent ravis. Tout le monde s' y retrouve. Copyright Nouveaux Mondes



The secret ingredient








January 27

MémOire et devenir

Il est un lieu parmi tant d' autres qui soit plus qu' un symbole... Son nom résonne avec toute l' horreur et la douleur auxquelles il renvoie pour l' éternité. Auschwitz-Birkenau a été le plus grand et le plus meurtrier de tous les camps de concentration et d' extermination, mis en place par les nazis. Une véritable organisation scientifique, méthodique et industrielle qui a fait la spécificité du système concentrationnaire nazi. Le 27 janvier 1945, le camp était libéré par les troupes soviétiques.

Qu' en est-il aujourd' hui alors que des tombes juives ont encore été profanées en France même et que des jeunes esprits arborent insignes nazis et expriment leurs sympathies pour le nazisme, enrôlés qu' ils sont par des esprits malveillants et affichent le nationalisme du " white power ", expriment leur xénophobie et leur rejet des immigrés, parfois même dans des établissements scolaires pris à contrepied ou dont les directions réagissent avec lenteur ? La date du 27 janvier a été choisie par l' ONU comme Journée internationale du souvenir des victimes de la Shoah, ou Holocauste. Auschwitz est le seul camp à avoir été préservé, tel qu' abandonné par les soldats allemands dans leur débandade devant l' avancée de l' Armée Rouge. Les autres camps installés en Pologne, Sobibor, Treblinka et Belzec ont été détruits par les nazis qui n' ont voulu laisser aucune trace... Une exposition russe sur la libération du camp est organisée et on ne cessera d' écouter encore ce qui reste de témoins. À Auschwitz subsistent des ruines de chambres à gaz et des fours crématoires ainsi que 300 baraquements. Mais le camp devenu musée est menacé : le temps fait son oeuvre et les installations sont maintenant en péril. Il faut réparer et des fonds sont nécessaires. L' Allemagne s' est engagée à en assumer la moitié.

Et puis, il ne faudra pas oublier non plus de relire les travaux d' Annette Wiewiorka,  Si c' est un homme de Primo Levi, L' Espèce humaine de Robert Anthelm, Ravensbrück de Germaine Tillion, Hommes et femmes à Auschwitz d' Hermann Langbein et L' Écriture ou la mort de Jorge Semprun notamment. Et puis enfin, Nuit et Brouillard d' Alain Resnais, Shoah de Claude Lanzmann et De Nuremberg à Nuremberg tu regarderas encore, transmettras et te battras, pour que nulle réforme ne menace l' enseignement de l' Histoire au lycée et que nul n' oublie jamais, dans sa vie d' homme ou de femme en devenir. Copyright Nouveaux Mondes 



"Si c' est un homme"...


























January 12

InterluDe d' hiver 2

Quand nombre de questions seront restées en suspens, quand d' autres se seront abandonnés à une certaine décadence, celle de temps incertains par exemple, d' autres encore auront choisi leur retour au liquide amniotique, comme une sorte de bain régénérateur, une essence purificatrice...  Et pour l' heure, cette immersion a trouvé son expression artistique, sa géographie et son paradis perdu peut-être en la luxuriance et le mystère de l' Amazonie, avec les " Choros " d' Heitor Villa Lobos... Orchestre symphonique de Sao Paulo, direction John Neschling. Le Brésil n' est pas qu' une affaire de football, de plage de Copacabana ou de vente d' avions Rafale... Pour donner une autre dimension au travail le soir et tenter d' opposer une fin de non recevoir à toutes les lâchetés et dérives du moment. Copyright Nouveaux Mondes



Amniotic bath










January 01

UnansWered question

Et au moment d' en arriver à l' heure fatidique... Que resterait-il..? Une chanson de John Lennon, l' ombre d' une petite robe bleue dans une rue de Londres un beau jour d' été ou d' automne en 1969, un parfum délicat, Because, Something, un passage piéton célèbre dans un beau quartier... Des visages aimés qui n' en finiraient pas de le hanter... Une photo fantasque et un coucher de soleil volé à la fin d' un après-midi d' hiver... La flûte de Sharon Bezaly qui exhale toute sa poésie à I hear the water dreaming de Toru Takemitsu et traverse le concerto de Nicolas Bacri... Que lui manquerait-il encore ? Sans doute une réponse à une question qui n' en aura pas trouvé, au seuil même de l' année qui commence... Copyright Nouveaux Mondes



Between the lines














December 25

ChriStmas Day

Visages d' anges, apparence d' innocence et de pureté en ce jour... Une journée lisse et de trêve à se cacher la réalité des choses à l' ombre du sapin... Onze ans de prison. Onze ans de prison pour un homme, dans l' arbitraire le plus total. Il militait pour la démocratisation de la Chine et les Droits de l' Homme. Il avait déjà connu la prison parce qu' il avait participé au mouvement démocratique de la place Tiananmen en 1989. Liu Xiabao, écrivain chinois et ancien professeur d' université était l' un des auteurs de la Charte 2008, le texte constituant une plate-forme pour la démocratisation de la Chine, qui lui valait comme à d' autres d' être étroitement surveillé par le pouvoir. La justice a fini par trancher. Liu Xabao est condamné en ce vendredi 25 décembre à onze ans de prison, le pouvoir politique chinois lui reprochant des " actes de subversion du pouvoir de l' État ". Ce n' est pas le seul grief retenu contre lui mais c' est le principal et c' est également un motif couramment utilisé pour réduire la contestation au silence. De plus, Liu Xabao se voit privé de ses droits politiques pendant deux ans. L' agence officielle de presse chinoise n' a pour le moment annoncé la nouvelle que dans son édition en langue anglaise ... Et pendant ce temps, dans la balance des Droits de l' Homme s' ajoutent encore cinq condamnations. Cinq nouvelles condamnations à mort prononcées pour les émeutes interethniques de juillet dans le Xinjiang. " Merry Christmas ", chantait John Lennon. " War is over ". Copyright Nouveaux Mondes



Innocence










December 19

IntErlude d' hiver

Un soleil pâle s' étale doucement au milieu de la masse nuageuse et jette ses dernières lueurs sur un horizon mélancolique. Le paysage a recouvert de sucre-glace les faux-semblants et les vraies lâchetés de la vie. Le crépuscule s' apprête-t-il à tomber sur les idéaux, abandonnés par l' ignorance et le renoncement ? Passé le temps de la contemplation salvatrice et de son intérieur, il préfère s' en remettre au violon d' Isabelle Faust et au piano d' Ewa Kupiec et aux sources classiques de l' instruction qu' il a reçue. Elles jouent  les Mythes pour violon et piano de Karol Szymanowski. Le compositeur polonais a écrit ses Mythes comme un poème symphonique en miniature, laissant libre cours à la virtuosité du violon et du piano autour d' un tryptique narratif très évocateur, La Fontaine d' Aréthuse, Narcisse et Dryades... L' oeuvre date de 1915. Copyright Nouveaux Mondes

 

Inner landscape









December 03

SunSet

Ce soir son regard se pose sur les plaisirs simples et les amours perdues... Ses pas le portent vers les pavés de sa mémoire. Ils sont là, ceux qu' il aimait et qu' il ne revoit plus. Il les revoit, ceux qui étaient à l' Université avec lui, sur les bancs de la faculté d' histoire... Il ne sont plus là. Ils allaient à Amsterdam et marchaient le long des canaux, ils aimaient Bruxelles et mangeaient des gaufres, ils s' attardaient sous les cimaises pour admirer des tableaux de  Brueghel, Mondrian, Ensor et Spilliaert. Ils l' ont laissé orphelin de ces années. Ils ne sont plus là pour revivre dans un amphi à ses côtés, le temps d' un jour de conférence sur la Chine, la mondialisation et les territoires, souvenirs rassemblés en une superposition d' images, jeunes visages que le temps a effacés, professeurs bien aimés et admirés, trop tôt disparus. Dehors, un trait doré de pâle soleil de novembre referme lentement cette parenthèse inscrite désormais comme un rite dans sa vie et, dans sa lente descente, laisse progressivement les ombres retourner à leur silence. Copyright Nouveaux Mondes



Icing sugar







November 16

Human dimenSion

Il se sent très loin des peuples à dimension humaine. Il ne s' y retrouve plus dans sa vie. L' ont-ils jamais été, ainsi que lui-même ? De la dimension humaine, il était pourtant possible d' en mesurer la portée lorsque Claude Lévi-Strauss est mort. De toute une génération d' intellectuels, auquel la formation de la pensée doit beaucoup et bien au-delà peut-être, il a lu tous les dossiers publiés dans la presse, du Monde à Libération notamment et retrouvé une lueur d' espoir dans la lecture de sa compréhension de l' altérité du monde, en ces temps de barbarie. Il n' avait rien oublié non plus d' une référence mythique, Tristes tropiques, qui figurait en bonne place dans la bibliographie de ses cours de philosophie au lycée.
Quelques jours avant, Pierre Chaunu venait lui aussi de quitter ce monde, et au-delà du personnage controversé qu' il était devenu à la fin de sa vie, il gardait intact le souvenir lumineux de la lecture d' un livre de cet historien à qui on devait tant aussi, avec sa monumentale thèse consacrée à Séville et l' Atlantique, dans la lignée directe de l' École des Annales. Ce livre, c' était  L' Espagne de Charles Quint, quand il étudiait l' Histoire à l' Université.
De Claude Lévi-Strauss à Pierre Chaunu ou inversement, un fil tendu, comme une main courante à saisir quand le sol se dérobe. Pelléas et Mélisande de Claude Debussy était une oeuvre chère à Claude Lévi-Strauss. Il se souvient de l' avoir écoutée, comme un cadeau d' anniversaire le jour des cent ans de l' ethnologue disparu, et comme un écho musical et une incarnation de cette dimension humaine dont il attendait tant le retour.
Copyright Nouveaux Mondes



Dimension humaine
October 26

Closed to traffiC on Sundays

Ce jour-là il fait très beau et froid. Il longe St. James' s Park et le Mall. Des Horse Guards en tenue de parade viennent de passer sur la Horse Ride. Quelques promeneurs prennent leur temps sur l' avenue de cette journée, comme une promesse de voyage et de dépaysement et se font tirer le portrait sous un éclairage flatteur. Des drapeaux tricolores hissés sur leurs mâts jalonnent le lieu de promenade qui conserve ses airs de fête sous un ciel bleu sans soucis. On est tout près de Buckingham Palace et tout est calme. Le Queen Victoria Memorial, le monument à la Reine Victoria s' est lui aussi paré des atours des grands jours. Il longe maintenant Hyde Park avant d' y entrer et de s' arrêter au War Memorial. Il reprend sa marche en direction des jardins de Kensington. Peu à peu la promenade perd de sa minéralité pour entrer dans une sorte d' abstraction que renforcent l' éloignement de la rumeur de la ville en ce jour déjà si calme, les masses arborescentes et la silhouette d' un gratte-ciel isolé rencontré en chemin, planté au bord du parc et de l' avenue comme une incongruité qui n' est qu' apparente dans cette ville aux contrastes architecturaux. Il aime les paysages urbains rythmés par les surprises et en mesure l' attrait quand il en observe la silhouette tout la fois lointaine,  incrustée dans le paysage et enveloppée d' une brume légère... En deçà de ces restes de ville, lézardent the Long Water et the Serpentine, de larges étendues d' eau qui ce jour là retiennent le ciel dans leur immobilité, tendant au regard du promeneur contemplatif le miroir d' un horizon sans fin. Puis il remonte vers Paddington et butte sur Bayswater Road. C' est là que la ville et la vitesse reprennent leurs quartiers, avant même qu' il n' ait franchi cet axe qui ferme les deux parcs au nord... Copyright Nouveaux Mondes



Sunday morning





October 14

CroSswalk

 1969, 26 septembre... L' été est fini mais une silhouette en robe bleue et légère passe comme une ombre devant une plaque et un passage piéton célèbres... Il lui emboîte le pas et se perd à son tour dans le flou du sillage de la robe. Une brume vaporeuse, un parfum aérien l' aspirent vers un ailleurs sans retour, dans le beau quartier de St John's Wood... Copyright Nouveaux Mondes



Blue shadow








September 19

SouthWark

Le ciel est bleu et la lumière scintille dans ses yeux, lui faisant presque mal... Son esprit se laisse aller au vagabondage quand la fièvre ne lui laisse aucune alternative. Le soleil se reflète dans la Tamise dans un paysage d' hiver et embrase les gratte-ciel de Canary Wharf. Il refait encore une fois les longues promenades qui le conduisent sur les quais. S' offrir une ascension lente sur le London Eye, cette grande roue construite dans le cadre des célébrations de l' an 2000 et qui culmine à plus de 100 mètres ? Jouir d' une vue panoramique imprenable sur 360° à bord d' une capsule ovoïde, pour une rotation de 30 minutes. Puis attraper au vol les aiguilles de Big Ben et y jouer à Buster Keaton. La Tamise décrit une courbe, il prend vers l' Est en direction de Southwark. On aperçoit la cheminée de l' ancienne centrale électrique de Bankside, devenue la Tate Gallery of Modern Art.
Non loin de là se trouve le Théâtre du Globe, the Globe Theater, réplique du théâtre de Shakespeare. Il aime s' attarder dans ces lieux qui rappellent encore la prospérité de Londres, quand les navires venaient y décharger leurs marchandises. Sur un petit morceau de quai, un décor et une ambiance reconstitués avec des tonneaux et des cordages et amarrée là, la reproduction d' un gallion du 16e siècle. C' est le Golden Hinde, le gallion tout de noir avec ses armoiries représentant un daim d' or - the Golden Hind(e) -, à bord duquel Francis Drake a effectué le tour du monde entre 1577 et 1580.
Plus loin, il s' engage dans les rues étroites qui séparent les entrepôts de brique construits au 19e siècle, comme dans Shad Thames Street. Des passerelles métalliques relient toujours les façades en enjambant la rue aux étages supérieurs. Des logements, des boutiques et des bars branchés ont pris place dans ces entrepôts. Il a froid, il s' engouffre dans un de ces lieux à l' enseigne célèbre. Il reconnaît une musique de David Sylvian, tandis que son regard rencontre celui d' une inconnue installée dans un fauteuil près de l' entrée... Copyright Nouveaux Mondes





                                         The Golden Hinde                                                                                               Regards



 





















                                                                                




















August 28

InteRlude d' été 3

Un ciel bleu horizon pommelé de nuages cotonneux, un ciel de Nord-Ouest... Des éléments de milieu urbain, avec des tours qui se dressent comme surgies de nulle part. Une jeune fille est là que les nuages caressent, à fixer un horizon qui ne s' offre qu' en reflet. Elle s' appelle Mia, elle a quinze ans et elle est anglaise. Mia est l' héroïne d' un film intitulé Fish Tank - aquarium -, réalisé par la cinéaste Andrea Arnold. Le film met en scène une jeune fille issue d' un milieu modeste, qui vit dans un " aquarium " dans une cité et est passionnée de hip hop. Adolescente en révolte, rebelle à toute forme d' autorité, elle a l' insulte et le coup de boule faciles... Car Mia a tout faux dès le départ, elle qui n' a jamais connu son père, absent chronique et qui ne trouve pas davantage de repère auprès d' une mère instable et immature. Un jour sa mère ramène à la maison un nouvel amant et peut-être la promesse d' un horizon nouveau... Mia pourra-t-elle trouver l' équilibre et assouvir sa passion ?
On a comparé l' esthétique sociale du film d' Andrea Arnold avec celle de films de Ken Loach. On pense à Sweet Sixteen notamment ou à Family Life pour le portrait d' une adolescente. La cinéaste a réalisé là son deuxième long métrage en ayant fait le choix d' une actrice non professionnelle.
Âgée de 17 ans au moment du tournage, Katie Jarvis qui interprète le rôle de Mia avait été repérée par Andrea Arnold sur le quai de la gare de Tilbury. Elle n' a jamais voulu croire qu' il s' agissait d' un tournage ni voulu donner son numéro de téléphone à la cinéaste. Elle n' avait jamais joué la comédie et ne savait pas non plus danser, alors que la danse constitue l' unique but dans la vie de Mia. Andrea Arnold souhaitait en fait tenir avant tout un personnage authentique, une actrice qui serait simplement elle-même. Certains journalistes pensaient après sa prestation qu' elle avait pris là une sérieuse option pour un prix à Cannes. Si elle n' en a pas obtenu à titre personnel, Katie est certainement pour beaucoup dans l' obtention pour le film du Prix du Jury du Festival 2009. Copyright Nouveaux Mondes





Katie Jarvis



















August 09

ConsOrt

Et quand la fête fut terminée - le Combattimento Consort d' Amsterdam y avait joué un concerto de Haydn avec la violoncelliste hollandaise Quirine Viersen -, il resta seul dans l' obscurité et le silence, en proie à l' inévitable mélancolie qui s' ensuit toujours dans son cas, pathologique pourrait-on presque dire... Franz Joseph Haydn, compositeur autrichien, avait une trentaine d' années quand il écrivit son premier concerto pour violoncelle. Il s' agissait d' une commande du prince austro-hongrois Esterhazy, amateur de musique, son protecteur et mécène. Haydn était entré à son service quand il avait 29 ans, en 1761. Le contrat stipulait qu' il devrait composer de la musique " en répondant aux ordres de Son Altesse "... Mais la partition du concerto, non signée, a par la suite été perdue. On l' a heureusement redécouverte à Prague en 1961 et a elle été authentifiée comme étant bien l' oeuvre de Haydn.
Quirine Viersen n' est pas la seule interprète de ce concerto loin s' en faut, mais elle compte au nombre de ceux qui en entretiennent toute la jeunesse, la lumière et la nature de joueur qu' était Haydn. Quirine est née en 1972 et a commencé à apprendre le violoncelle avec son père. Très vite elle a collectionné les prix et son jeu puissant et intense font d' elle une artiste très demandée à travers le monde.
Dans cette merveilleuse ville sillonnée de canaux qu' est Amsterdam, on aime la musique. La ville peut s' enorgueillir de son Orchestre symphonique du Concertgebouw notamment, mais également de nombreux ensembles de musique baroque parmi lesquels on compte le Combattimento Consort Amsterdam. Créé en 1982 et dirigé par le violoniste Jan Willem de Vriend, le Combattimento Consort Amsterdam se consacre aux oeuvres du 17e au 19e siècle. Haydn y tient une place de choix...
 Ainsi venait de se produire une belle rencontre artistique à trois, peut-être dans son souvenir, peut-être dans le salon d' une de ces maisons qu' il affectionne tant le long des canaux, protégées dans leur intimité par les arbres et la discrétion de leurs reflets...  Une communion, une osmose, autour d' instruments anciens au timbre à la fois lumineux et sensuel, comme celui du beau violoncelle de 1715 sous les doigts et l' archet de Quirine Viersen. Copyright Nouveaux Mondes





  
Amsterdam                                                                                 Quirine Viersen























July 31

Interlude d' étÉ 2

Il la voit dans son film sur un toit brûlant, sur la terrasse des cocktails incendiaires... Une atmosphère lourde d' été chaud et humide en Corée du sud ; la moiteur d' un film du taïwanais Tsaï Ming Liang, The Hole... Tandis que s' impose cette fin d' après-midi torpide, il l' observe et la contemple alors qu' elle s' est mise à asperger tout son corps et ses vêtements avec le tuyau d' arrosage de la terrasse. L' eau ruisselle sur ses cheveux et ses épaules, ondoie sur sa robe et la fait briller, se répandant ensuite comme une offrande aux pieds de cette divinité aquatique, toute à son abandon... Puis elle s' éparpille autour des escarpins de la jeune femme, en une multitude de ruisseaux qui se perdent dans la poussière estivale de la terrasse... Copyright Nouveaux Mondes




Interlude d' été














July 25

Front paGe

Sa plage à lui, ce sont aussi les berges de Regent's Canal... Il se revoit un après-midi, de ce côté de Londres qu' on appelle Little Venice, à bord d' une péniche aménagée en pub et en salon de thé. Ce jour-là il bruine par intermittence et il fait encore froid. Ce n' est pas tout à fait le printemps même si les forsytias fleurissent à Kensington Gardens ou à Hyde Park. Cette péniche, comme tant d' autres, est amarrée là dans un coin de verdure et il faut redescendre par un petit escalier depuis le pont pour en gagner l' embarcadère. Ensuite, une fois à l' intérieur, il faut encore descendre quelques marches. Le lieu est accueillant et sans sophistication excessive. Un autre film se déroule alors sous ses yeux, sans esquimaux ni bonbons et chocolats. Un film d' où parviennent de très loin les rumeurs de la ville, dans lequel il se laisse au contraire aller à la tiédeur du lieu et se distrait des voix des Anglais qui consomment à côté. En sourdine, on entend la voix d' Andy Partridge du groupe XTC qui chante The Mayor of Simpleton. De sa table, faite de bois comme tout ce qui constitue la structure à l' intérieur de la péniche et le préserve de la banalité, il aperçoit sur le présentoir à journaux la une du Times. En évidence, une belle photo en noir et blanc qui accroche son regard. On y voit Marylin Monroe et Arthur Miller dans ce qui sans doute survivra de plus beau à leur histoire d' amour, car en ce jour tout est définitivement terminé. L' écrivain Arthur Miller vient de mourir. Le soir, dans le calme de sa chambre d' hôtel il reprend l' article du journal et il lui revient le souvenir de ce long texte étonnant, étudié en anglais quand il était au lycée, que son professeur avait extrait des Sorcières de Salem. L' auteur y met en scène allégoriquement une Amérique gangrenée par le maccarthysme alors qu' il en était lui-même un pourfendeur et une victime. Le film de l' après-midi venait de se doubler d' une correspondance littéraire, fixée dans sa renaissance londonienne sur la belle image de Marylin et Arthur, comme un appel à la nostalgie sur une photo de mariage très ancienne. Copyright Nouveaux Mondes




Marylin and Arthur




















July 08

InterluDe d' été

Elle entre dans le salon, vêtue d' une petite jupe plissée noire. Le parquet craque à peine, les lieux lui sont familiers... On entend un piano... L' Embarquement pour Cythère de Watteau avait-il inspiré Claude Debussy ? " Embarquons pour L' Isle joyeuse alors ", se dit-elle.
Puis vient une suite de Jean-Philippe Rameau. Un homme est là, ténébreux et concentré sur son clavier. Elle connaît bien cette concentration, elle aussi joue du piano. Une partition tombe dans un bruit de pages lourdes. Ce sont les Concertos italiens de J.S Bach. Ils se connaissent bien, mais chacun d' eux est toujours un peu intimidé... Elle caresse le piano. Elle est venue le retrouver parce qu' ils partagent la même admiration pour une chanteuse disparue... Elle chante, Jeanne Cherhal et elle sait que lui, Alexandre Tharaud la chante aussi. Leur héroïne, c' est Barbara. Un bel hommage à la Dame en noir est né de cette rencontre à quatre mains... Copyright Nouveaux Mondes




Jeanne Cherhal                                                            Alexandre Tharaud












June 30

ThameS

Une mélopée moelleuse et nostalgique se fait entendre. Un saxophone et piano de concert, comme un enfant qui court, le saxophone dessine une jolie guirlande de notes autour du pas régulier et sûr du piano. Il écoute L' Âge d'or, extrait du Chevalier errant de Jacques Ibert. La musique date de 1935-1936, c' est une de ces pièces musicales courtes qu' oublient musiciens et programmateurs de concerts dans leur absence d' imagination et leur conformisme devenus presque normatifs... Une balade, jouée par des musiciens hollandais inspirés qui  l' emmène dans ses souvenirs. Il marche le long de la Tamise. Il en aime les berges au ciel capricieux, les eaux bleu indigo sous le soleil orange et déclinant de décembre et ses prétentions à ressembler déjà à la mer lorsqu' il en suit le cours jusqu' à Canary Wharf...   Derrière lui il a laissé les tableaux d' André Derain exposés au Courtauld Institute of Arts. Ce jour-là il était entré dans ce musée et avait longuement contemplé jusqu' à l' abstraction l' univers poétique et étrange dont le peintre français avait revêtu Londres avec les couleurs du fauvisme. Il était ensuite passé par le salon de thé attenant pour prendre une collation puis était reparti, encore sous le charme de la jolie serveuse brune en jupe noire. Des quais de la Tamise on conserve longtemps la vision de cet étrange gratte-ciel en forme d' obus dessiné par l' architecte Norman Foster et qui surgit d' un véritable chaos architectural. Ce chaos, il en apprécie l' enchevêtrement disposé en blocs successifs qui se répondent d' une berge à l' autre ; avoir pour repère des fanals de verre et d' acier, mais aimer aussi le dédale de brique sombre des anciens entrepôts devenus logements, lieux culturels ou pubs. En chemin, il se plaît à imaginer qu' il dévale la jetée là où elle mène en pente douce à un petit bout de plage londonienne. Deux petites filles jouent avec le sable, dans une superposition de plans que cette ville étonnante semble parfois être la seule à offrir au regard... Copyright Nouveaux Mondes



Two girls play on the foreshore
 of the River Thames...

(Photo : Getty Images)






















June 02

AnGela

Il se souvient du combat des Black Panthers à la fin des années 1960. Ils refusaient la non violence parce qu' ils pensaient qu' elle ne protégeait ni ne servait efficacement la cause des Afro-américains dans leur marche vers la reconnaissance de leurs droits. Il se souvient aussi de ce poster d' Angela Davis, icône en majesté sur le mur de sa chambre. Elle se tenait droit, en train de prononcer un discours, arborant la chevelure volumineuse qui l' avait rendue célèbre. Il se souvient de son port altier, de cette jeune femme fière et combative qui avait défié les autorités américaines. Il la revoit aussi sur la photo où elle apparaissait menottée, belle et juvénile dans sa tenue d' écolière modèle, avec son chemisier bleu et sa petite jupe bleu marine. Il la voyait de son lit, elle lui faisait face et avant d' éteindre, il la regardait une dernière fois, admiratif, emportant dans ses rêves l' image de cette femme qui troublerait ses nuits adolescentes... Angela était une héroïne, son héroïne, tout comme elle l' était pour John Lennon et Yoko Ono qui en avaient fait une chanson en 1971, Angela quand elle était emprisonnée et les Rolling Stones avec Sweet Black Angel. Un doux ange noir sur la photo imprimée en sérigraphie qui ornait le mur, où convergeaient tour à tour séduction, désir et mystère de la féminité. Angela avait vingt-cinq ans, elle enseignait à l' université où elle comptait beaucoup d' ennemis à cause de son activisme politique. Ses écrits et ses discours se fondaient sur son combat contre la ségrégation, son refus de la guerre du Vietnam et son engagement féministe. Que reste-t-il de ses souvenirs ? L' empreinte de ce qu' ont été pour lui ses années d' éveil et d' initiation. Le visage d' Angela, ce doux ange noir qui aimante toujours son regard, un ange tutélaire de l' éveil progressif de sa conscience et peut-être aussi un repère dans sa vie d' homme, pour ne pas se renier et rester fidèle à soi-même. Copyright Nouveaux Mondes




Angela Davis
























May 25

MosaïQue

1967... Il remonte le cours de 1967... Il entend les accords secs des guitares, glissés par Michel Colombier dans les musiques de Serge Gainsbourg. Un couple chante Ne dis rien ; elle est brune, elle est belle, son regard se perdait déjà sur une interminable plage à l' horizon gris. Il les écoute, nostalgique, car ces mots-là ont aussi été les siens... Et puis d' autres images. Marée noire ; mort de John Coltrane ; la jeune fille à la fleur.  Il aurait pu écouter sans jamais se lasser Martha Argerich jouer Ravel ou John Lennon chanter All you need is love...  All you need is love devait être l' unique credo. Plus de marée noire, plus de Vietnam ni de Biafra. Seulement un jardin aux fleurs multicolores et chatoyantes dévoilant pour toujours ses secrets d' enfance, comme sorti d' un rêve hypnotique en un lieu qui s' appelait Strawberry Fields. Dans sa solitude et ses évocations érotiques, il voit passer des jambes de filles, surgies de mini-jupes dessinées par Courrèges et Mary Quant. Il les voit arpenter les rues de Paris et de Londres, elles poussaient la porte de studios pour enregistrer des 45t ou écoutaient les cours de professeurs marxistes à la toute jeune université de Nanterre. Nanterre la Folie... Là-bas un train de banlieue traversait des bidonvilles peuplés de travailleurs immigrés. Tout autour s' érigeaient des gratte-ciel, ceux qui sortaient des projets les plus fous des urbanistes français, comme mis sur orbite par l' imaginaire futuriste de Jacques Tati dans Playtime. Décrocher la Lune ? Il y croyait. Repeindre le monde de fleurs de pavot ? C' était pour en envelopper d' un brouillard cotonneux les images. Celles que la réalité envoyait comme des cartes postales, aux lettres trempées dans le pétrole, le sang ou les larmes. Les Afro-Américains des Black Panthers armés à Sacramento pour répondre par la violence à la violence. Du napalm qui embrase le Vietnam... Une jeune fille qui portait en ce 21 octobre sa plus belle robe de popeline pour offrir une fleur à un soldat devant le Pentagone... Ces images là il les revoit, comme il se souvient de cette petite boîte en carton que ses mains d' enfant tenaient. Dessus une photo, celle d' un enfant comme lui, mais un enfant du Biafra, dont les yeux étaient remplis de larmes et disaient toute la misère du monde. © Nouveaux Mondes




Andy Warhol : Self Portrait (1966-1967)








May 09

Je is anothEr game

Il est un autre je... Alors le voilà dans une conduite intérieure noire, noire comme le ciel et les pensées qui s' accumulent, telles d' inquiétants nuages... Dans un film, un homme et une femme se parlent, les essuie-glace rythment les battements de leurs coeurs et une histoire monochrome s' écrit en suivant la musique d' une voix apaisante. Il faisait nuit, l' aube était proche ; il voit le crépuscule. L' aube était pleine de promesses ; il ne distingue nulle perspective dans cette ligne de fuite qui est celle de sa vie, pour l' éternité. Il ne se retourne pas. Il n' y retournera pas. Car elle est là Ellen, sous la pluie,  dans un jardin où l' on ne perçoit plus les notes du piano de Debussy. Il la voit défaite, dans sa robe rouge trempée, tout juste lavée de ses souillures et de ses péchés. Elle est le témoin d' un dernier corps à corps, comme une lutte vaine... Ellen est là,  debout, surprise dans cette posture qui est le fruit de sa volonté à lui, dans le désir pervers qu' il a eu d' inverser les rôles, de lui voler le je de la narration, de l' histoire en cours. Il la retourne contre elle, comme une arme. Et il la retourne contre lui aussi cette histoire, placée qu' elle est en fait depuis toujours sous un astre éteint, quand il prétendait en infléchir le cours, alors qu' il n' y est  jamais parvenu dans sa propre vie. © Nouveaux Mondes




La robe lavée de ses péchés...













May 01

PreludiOs et cantilènes

Tout a bien commencé par une note brésilienne... Le son d' une guitare se fait entendre dans la douceur, la chaleur et une certaine langueur. La nostalgie n' en est pas complètement absente. La séduction est toujours là. Preludios para violao, les cinq Préludes pour guitare d' Heitor Villa-Lobos. Villa Lobos est né à Rio de Janeiro en 1885 et il est mort en 1959. Les cinq Préludes, il les compose en 1940. Dans les années qui ont précédé, Heitor Villa Lobos a beaucoup parcouru son pays pour recueillir dans chaque village les chants et danses du peuple, un véritable travail ethnologique dont il s' est imprégné et qui a abouti à une sorte de syncrétisme entre sa culture occidentale et la culture populaire du Brésil. Les Indiens et l' Amazonie, la négritude et la culture occidentale se mélangent en un foisonnant métissage. Dans ses Préludes pour guitare, Villa Lobos rend successivement hommage, dans un tableau multicolore, au paysan brésilien, aux mélodies locales et à Jean-Sébastien Bach. Puis vient le tour des Indiens, auxquels il dédie une mélodie sombre, mélancolique ou frénétique. Le dernier prélude dépeint la vie mondaine de Rio. Bien des années après la mort du compositeur brésilien, c' est aujourd' hui la jeune Filomena Moretti qui les interprète, de ses doigts agiles et délicats. Filomena Moretti est italienne et elle est belle.  Elle est née à Sassari en Sardaigne en 1973. C' est là qu' elle a commencé ses études musicales avant de collectionner les prix sur le continent. Depuis, elle ne cesse de voyager, en Italie et à travers le monde. Villa Lobos n' est pas un oublié du répertoire de la guitare. Mais Filomena s' en est approprié ce qu' il compte de meilleur pour le restituer au public. C' est en France, à Reims notamment qu' elle fait escale pour se produire en concert, l' été. C' est là que la magie a opéré sous ses doigts, lorsqu' elle y a joué ces Preludios para violao, les douze Estudios para violao et la Suite populaire brésilienne. © Nouveaux Mondes




Filomena Moretti
















April 26

GardenS

C' est un jardin secret qui n' ouvrira pas ses grilles ni ne se laissera deviner à travers les frondaisons. Il restera un jardin secret qui n' autorisera de regard qu' à l' extérieur, au delà de son enceinte. Là, un orchestre anglais conduit par Pierre Monteux donne à entendre le jardin féérique de Ma Mère l' Oye de Maurice Ravel... Une musique délicate s' insinue, tissée comme la toile de l' araignée du matin et le mélomane retrouve l' innocence perdue de son enfance. Nous sommes à Londres et Kensington Gardens ne se trouve pas loin. Une jeune fille au visage oriental court, la rumeur de la ville s' est éloignée  et assourdie, comme dans la Symphonie londonienne de Ralph Vaughan Williams. L' alouette qu' il a si bien fait chanter avec le violon de Sarah Chang prend désormais son envol vers des cieux inatteignables, vers celui qui, et cela remonte si loin à présent, tenait une tige de pissenlit dont la fleur se dispersait dans un souffle et des rires enfantins... Sans doute a-t-on rêvé dans sa vie du Jardin des Hespérides, ce jardin peuplé de nymphes, où les arbres produisaient des pommes d' or qui donnaient l' immortalité. L' immortalité ? Pour tout ce qu' on pu aimer... Un jardin du paradis ? Alors, l' Eden... Perdu, lui aussi. Perdu d' avoir cédé à la tentation de goûter à la pomme, ce fruit défendu. Défendu, tout comme l' est la clef du jardin secret, pour qui voudrait s' y introduire et lire dans les coeurs et les âmes. © Nouveaux Mondes







April 19

SinneR

Quand elle était sortie de la péniche longue et effilée, ce qu' on appelle ici les " narrow boats ", on entendait au loin la cloche cristalline d' une église, comme les églises anglaises en possèdent. Ce n' était pas St Paul ni St Martin in the Fields, on en était trop loin. Ellen aperçut le feu rouge où elle devait traverser. Au moment de poser le pied sur la double ligne jaune qui parcourt le caniveau, elle croisa la silhouette d' un vieil homme semblable à celui de l' Armée du Salut, planté près du 10 Downing Street, la nuit de Noël. Noël... Ellen portait cette même robe de satin rouge dans laquelle elle avait eu si froid, dans la rue, à retirer de l' argent dans une billetterie. Aujourd' hui de sa robe se dégageait un léger mélange de parfum et de sueur... Le ciel était bleu, il faisait chaud et Ellen se sentait ainsi accompagnée par les effluves intimes et troublantes de ses rendez-vous, sur l' eau, dans cette " Little Venice " qu' elle aimait tant. C' est là qu' elle offrait aux regards affolés la vision de sa noire forêt amazonienne, sombre piège où chutait son amant, comme attiré par le mystère de cette sirène ondoyante et sensuelle... Que s' était-il passé ? La cloche qui tintait, c' était soudain comme le glas de ses amours impossibles, le feu rouge le signal de l' interdit, Ellen, pécheresse qui venait de franchir le pont des ultimes soupirs, le revolver dans son sac... La fuite en avant allait pouvoir reprendre. © Nouveaux Mondes




Ellen






April 05

TromPe l' oeil


Entre illusion et réalité, quand la vie ressemble à l' univers du film Blow Up. Partir du sud de Kensington, traverser le parc, se souvenir d' un visage et bientôt poursuivre son chemin en le faisant entrer dans l' abstraction.

 

(Photo by Carlo Nicora)

Un petit escalier, quelques marches plus bas et la rumeur de la capitale s' éloigne... La promenade continue sur une des berges de Regent's Canal. Des forsytias en fleur, une odeur stagnante qui évoque celle d' un étang... De rares promeneurs, quelques cyclistes... Le passage obscur et mystérieux sous des ponts de chemin de fer comme la traversée d' une ville parallèle... Le souvenir de la symphonie London de Ralph Vaughan Williams s' insinue lentement dans la rêverie pour se mettre en accord avec les sons atténués de la ville. Sur l' autre rive, elle finit par se rappeler au promeneur avec ses friches industrielles et ses constructions au bord de l' eau. Des façades encore figées dans le calme de l' après-midi n' offrent que du silence en réponse aux reflets du canal. Soudain, comme surgi du Swinging London, un gratte-ciel des années 60 impose à l' horizon une silhouette surprenante, telle que l' architecture de la ville en réserve régulièrement à celui qui l' observe. Pink Floyd chante-t-il  See Emily play  en 1967..? La remontée a lieu du côté de Westbourne Park, à peu près au pied de la Trellick Tower... © Nouveaux Mondes







 













March 07

Strawberries forEver ?

Ils sont nombreux, attablés dans des restaurants à thèmes, à Paris ou ailleurs en plein hiver,  à céder à la gourmandise surgelée qu' autorise la globalisation... Le rouge est la couleur qui domine et aucun scrupule ne viendra en freiner la conquête. Ils sont nombreux, dans le sud de l' Espagne, en Andalousie, à vivre sous des tentes de fortune, faites du même plastique que celui des serres sous lesquelles ils triment. Ils viennent d' Afrique du Nord et elles sont pour eux, ces conditions d' hébergement précaires et féroces qui donnent à leurs campements un petit air de Sangatte - à l' entrée du tunnel sous la Manche - méditerranéen... Elles viennent de Roumanie, ces femmes jeunes qui transpirent abondamment sous les serres d' Andalousie pour envoyer de l' argent à leurs enfants restés dans leur pays. Elles, eux et tous se trouvent liés, pour le meilleur et pour le pire, par la fraise...  Consommer des fruits et légumes hors saison est devenu normatif. La fraise n' est pas le seul exemple. Mais il est un bon sujet de réflexion, car la fraise constitue un aliment plaisir, symbole de l' été que les distributeurs utilisent comme prétexte pour justifier que l' offre engendre la demande. Mais voilà qu' en Suisse, depuis peu, une jeune femme s' est révoltée et s' est lancée dans une campagne sur internet, contre l' importation de produits hors saison et intitulée " Ras la fraise ". Originaire du Valais et installée à Genève, Sandrine Rudaz s' est rendue compte que même les plus écologistes de ses amis ne savaient pas bien reconnaître ce qui est de saison ou non, une évolution qui l' a particulièrement frappée alors qu' elle a grandi avec les produits du jardin de ses parents. Le but du marketing étant de créer un besoin, « c'est une envie qui naît en voyant les publicités et les fruits proposés " dit Sandrine. C' est pourquoi elle dénonce l'attitude des grandes surfaces qui contribuent à casser le rythme naturel en annonçant la saison des fraises ou des asperges avec plusieurs mois d'avance. Pour elle, " c' est de la désinformation ". Dans sa démarche, Sandrine cherche également à placer en face de leurs contradictions les enseignes qui se réclament d' éthique et d' écologie mais qui entrent elles aussi dans le jeu de la distribution de produits venus de loin, hors saison et souvent à prix très bas. Et c' est bien une question écologique qui se pose là aussi avec des déplacements coûteux en énergie et  polluants, quand il faut faire parcourir des milliers de kilomètres à des produits venus notamment de l' autre hémisphère. En déclarant " arrêter d’acheter, c’est tout simple mais c’est encore ce qu’il y a de plus concret ", Sandrine Rudaz nous rappelle simplement à l' éveil de notre conscience face aux absurdités et aux caprices de la société de consommation et plus largement ne doit-on jamais perdre de vue les enjeux environnementaux et humains, aussi bien en ce qui concerne la manière de cultiver ces produits, leur acheminement, que les conditions de travail de ceux que de telles cultures emploient. © Nouveaux Mondes





Sandrine Rudaz



 










 
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Sharon Chanwrote:
Lots Of Loves
From: Sharon
To: Herve
Jan. 31
Bwrote:
Tous mes voeux aussi, H !
Et merci pour les photos.
A bientôt.
Jan. 18
fanfanwrote:
Coucou...
   Eric Rohmer...culture, simplicité et beaucoup de mots, de phrases à conserver.
Un peu absente pour le moment mais en pensées avec les ami(e)s..
Bises
Jan. 17
fanfanwrote:
Summertime.... merci
Que ce 31 Décembre soit un moment fait de beaux souvenirs
Bises 
Dec. 31
Sand - rinwrote:
 
Bon Réveillon BlueBoy
Bisous Fleuris à l'Année Prochaine
 
 
Dec. 31

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