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Nouveaux Mondes

A room with a view
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June 30

ThameS

Une mélopée moelleuse et nostalgique se fait entendre. Un saxophone et piano de concert, comme un enfant qui court, le saxophone dessine une jolie guirlande de notes autour du pas régulier et sûr du piano. Il écoute L' Âge d'or, extrait du Chevalier errant de Jacques Ibert. La musique date de 1935-1936, c' est une de ces pièces musicales courtes qu' oublient musiciens et programmateurs de concerts dans leur absence d' imagination et leur conformisme devenus presque normatifs... Une balade, jouée par des musiciens hollandais inspirés qui  l' emmène dans ses souvenirs. Il marche le long de la Tamise. Il en aime les berges au ciel capricieux, les eaux bleu indigo sous le soleil orange et déclinant de décembre et ses prétentions à ressembler déjà à la mer lorsqu' il en suit le cours jusqu' à Canary Wharf...   Derrière lui il a laissé les tableaux d' André Derain exposés au Courtauld Institute of Arts. Ce jour-là il était entré dans ce musée et avait longuement contemplé jusqu' à l' abstraction l' univers poétique et étrange dont le peintre français avait revêtu Londres avec les couleurs du fauvisme. Il était ensuite passé par le salon de thé attenant pour prendre une collation puis était reparti, encore sous le charme de la jolie serveuse brune en jupe noire. Des quais de la Tamise on conserve longtemps la vision de cet étrange gratte-ciel en forme d' obus dessiné par l' architecte Norman Foster et qui surgit d' un véritable chaos architectural. Ce chaos, il en apprécie l' enchevêtrement disposé en blocs successifs qui se répondent d' une berge à l' autre ; avoir pour repère des fanals de verre et d' acier, mais aimer aussi le dédale de brique sombre des anciens entrepôts devenus logements, lieux culturels ou pubs. En chemin, il se plaît à imaginer qu' il dévale la jetée là où elle mène en pente douce à un petit bout de plage londonienne. Deux petites filles jouent avec le sable, dans une superposition de plans que cette ville étonnante semble parfois être la seule à offrir au regard... Copyright Nouveaux Mondes



Two girls play on the foreshore
 of the River Thames...

(Photo : Getty Images)






















June 02

AnGela

Il se souvient du combat des Black Panthers à la fin des années 1960. Ils refusaient la non violence parce qu' ils pensaient qu' elle ne protégeait ni ne servait efficacement la cause des Afro-américains dans leur marche vers la reconnaissance de leurs droits. Il se souvient aussi de ce poster d' Angela Davis, icône en majesté sur le mur de sa chambre. Elle se tenait droit, en train de prononcer un discours, arborant la chevelure volumineuse qui l' avait rendue célèbre. Il se souvient de son port altier, de cette jeune femme fière et combative qui avait défié les autorités américaines. Il la revoit aussi sur la photo où elle apparaissait menottée, belle et juvénile dans sa tenue d' écolière modèle, avec son chemisier bleu et sa petite jupe bleu marine. Il la voyait de son lit, elle lui faisait face et avant d' éteindre, il la regardait une dernière fois, admiratif, emportant dans ses rêves l' image de cette femme qui troublerait ses nuits adolescentes... Angela était une héroïne, son héroïne, tout comme elle l' était pour John Lennon et Yoko Ono qui en avaient fait une chanson en 1971, Angela quand elle était emprisonnée et les Rolling Stones avec Sweet Black Angel. Un doux ange noir sur la photo imprimée en sérigraphie qui ornait le mur, où convergeaient tour à tour séduction, désir et mystère de la féminité. Angela avait vingt-cinq ans, elle enseignait à l' université où elle comptait beaucoup d' ennemis à cause de son activisme politique. Ses écrits et ses discours se fondaient sur son combat contre la ségrégation, son refus de la guerre du Vietnam et son engagement féministe. Que reste-t-il de ses souvenirs ? L' empreinte de ce qu' ont été pour lui ses années d' éveil et d' initiation. Le visage d' Angela, ce doux ange noir qui aimante toujours son regard, un ange tutélaire de l' éveil progressif de sa conscience et peut-être aussi un repère dans sa vie d' homme, pour ne pas se renier et rester fidèle à soi-même. Copyright Nouveaux Mondes




Angela Davis
























May 25

MosaïQue

1967... Il remonte le cours de 1967... Il entend les accords secs des guitares, glissés par Michel Colombier dans les musiques de Serge Gainsbourg. Un couple chante Ne dis rien ; elle est brune, elle est belle, son regard se perdait déjà sur une interminable plage à l' horizon gris. Il les écoute, nostalgique, car ces mots-là ont aussi été les siens... Et puis d' autres images. Marée noire ; mort de John Coltrane ; la jeune fille à la fleur.  Il aurait pu écouter sans jamais se lasser Martha Argerich jouer Ravel ou John Lennon chanter All you need is love...  All you need is love devait être l' unique credo. Plus de marée noire, plus de Vietnam ni de Biafra. Seulement un jardin aux fleurs multicolores et chatoyantes dévoilant pour toujours ses secrets d' enfance, comme sorti d' un rêve hypnotique en un lieu qui s' appelait Strawberry Fields. Dans sa solitude et ses évocations érotiques, il voit passer des jambes de filles, surgies de mini-jupes dessinées par Courrèges et Mary Quant. Il les voit arpenter les rues de Paris et de Londres, elles poussaient la porte de studios pour enregistrer des 45t ou écoutaient les cours de professeurs marxistes à la toute jeune université de Nanterre. Nanterre la Folie... Là-bas un train de banlieue traversait des bidonvilles peuplés de travailleurs immigrés. Tout autour s' érigeaient des gratte-ciel, ceux qui sortaient des projets les plus fous des urbanistes français, comme mis sur orbite par l' imaginaire futuriste de Jacques Tati dans Playtime. Décrocher la Lune ? Il y croyait. Repeindre le monde de fleurs de pavot ? C' était pour en envelopper d' un brouillard cotonneux les images. Celles que la réalité envoyait comme des cartes postales, aux lettres trempées dans le pétrole, le sang ou les larmes. Les Afro-Américains des Black Panthers armés à Sacramento pour répondre par la violence à la violence. Du napalm qui embrase le Vietnam... Une jeune fille qui portait en ce 21 octobre sa plus belle robe de popeline pour offrir une fleur à un soldat devant le Pentagone... Ces images là il les revoit, comme il se souvient de cette petite boîte en carton que ses mains d' enfant tenaient. Dessus une photo, celle d' un enfant comme lui, mais un enfant du Biafra, dont les yeux étaient remplis de larmes et disaient toute la misère du monde. © Nouveaux Mondes




Andy Warhol : Self Portrait (1966-1967)








May 09

Je is anothEr game

Il est un autre je... Alors le voilà dans une conduite intérieure noire, noire comme le ciel et les pensées qui s' accumulent, telles d' inquiétants nuages... Dans un film, un homme et une femme se parlent, les essuie-glace rythment les battements de leurs coeurs et une histoire monochrome s' écrit en suivant la musique d' une voix apaisante. Il faisait nuit, l' aube était proche ; il voit le crépuscule. L' aube était pleine de promesses ; il ne distingue nulle perspective dans cette ligne de fuite qui est celle de sa vie, pour l' éternité. Il ne se retourne pas. Il n' y retournera pas. Car elle est là Ellen, sous la pluie,  dans un jardin où l' on ne perçoit plus les notes du piano de Debussy. Il la voit défaite, dans sa robe rouge trempée, tout juste lavée de ses souillures et de ses péchés. Elle est le témoin d' un dernier corps à corps, comme une lutte vaine... Ellen est là,  debout, surprise dans cette posture qui est le fruit de sa volonté à lui, dans le désir pervers qu' il a eu d' inverser les rôles, de lui voler le je de la narration, de l' histoire en cours. Il la retourne contre elle, comme une arme. Et il la retourne contre lui aussi cette histoire, placée qu' elle est en fait depuis toujours sous un astre éteint, quand il prétendait en infléchir le cours, alors qu' il n' y est  jamais parvenu dans sa propre vie. © Nouveaux Mondes




La robe lavée de ses péchés...













May 01

PreludiOs et cantilènes

Tout a bien commencé par une note brésilienne... Le son d' une guitare se fait entendre dans la douceur, la chaleur et une certaine langueur. La nostalgie n' en est pas complètement absente. La séduction est toujours là. Preludios para violao, les cinq Préludes pour guitare d' Heitor Villa-Lobos. Villa Lobos est né à Rio de Janeiro en 1885 et il est mort en 1959. Les cinq Préludes, il les compose en 1940. Dans les années qui ont précédé, Heitor Villa Lobos a beaucoup parcouru son pays pour recueillir dans chaque village les chants et danses du peuple, un véritable travail ethnologique dont il s' est imprégné et qui a abouti à une sorte de syncrétisme entre sa culture occidentale et la culture populaire du Brésil. Les Indiens et l' Amazonie, la négritude et la culture occidentale se mélangent en un foisonnant métissage. Dans ses Préludes pour guitare, Villa Lobos rend successivement hommage, dans un tableau multicolore, au paysan brésilien, aux mélodies locales et à Jean-Sébastien Bach. Puis vient le tour des Indiens, auxquels il dédie une mélodie sombre, mélancolique ou frénétique. Le dernier prélude dépeint la vie mondaine de Rio. Bien des années après la mort du compositeur brésilien, c' est aujourd' hui la jeune Filomena Moretti qui les interprète, de ses doigts agiles et délicats. Filomena Moretti est italienne et elle est belle.  Elle est née à Sassari en Sardaigne en 1973. C' est là qu' elle a commencé ses études musicales avant de collectionner les prix sur le continent. Depuis, elle ne cesse de voyager, en Italie et à travers le monde. Villa Lobos n' est pas un oublié du répertoire de la guitare. Mais Filomena s' en est approprié ce qu' il compte de meilleur pour le restituer au public. C' est en France, à Reims notamment qu' elle fait escale pour se produire en concert, l' été. C' est là que la magie a opéré sous ses doigts, lorsqu' elle y a joué ces Preludios para violao, les douze Estudios para violao et la Suite populaire brésilienne. © Nouveaux Mondes




Filomena Moretti
















April 26

GardenS

C' est un jardin secret qui n' ouvrira pas ses grilles ni ne se laissera deviner à travers les frondaisons. Il restera un jardin secret qui n' autorisera de regard qu' à l' extérieur, au delà de son enceinte. Là, un orchestre anglais conduit par Pierre Monteux donne à entendre le jardin féérique de Ma Mère l' Oye de Maurice Ravel... Une musique délicate s' insinue, tissée comme la toile de l' araignée du matin et le mélomane retrouve l' innocence perdue de son enfance. Nous sommes à Londres et Kensington Gardens ne se trouve pas loin. Une jeune fille au visage oriental court, la rumeur de la ville s' est éloignée  et assourdie, comme dans la Symphonie londonienne de Ralph Vaughan Williams. L' alouette qu' il a si bien fait chanter avec le violon de Sarah Chang prend désormais son envol vers des cieux inatteignables, vers celui qui, et cela remonte si loin à présent, tenait une tige de pissenlit dont la fleur se dispersait dans un souffle et des rires enfantins... Sans doute a-t-on rêvé dans sa vie du Jardin des Hespérides, ce jardin peuplé de nymphes, où les arbres produisaient des pommes d' or qui donnaient l' immortalité. L' immortalité ? Pour tout ce qu' on pu aimer... Un jardin du paradis ? Alors, l' Eden... Perdu, lui aussi. Perdu d' avoir cédé à la tentation de goûter à la pomme, ce fruit défendu. Défendu, tout comme l' est la clef du jardin secret, pour qui voudrait s' y introduire et lire dans les coeurs et les âmes. © Nouveaux Mondes







April 19

SinneR

Quand elle était sortie de la péniche longue et effilée, ce qu' on appelle ici les " narrow boats ", on entendait au loin la cloche cristalline d' une église, comme les églises anglaises en possèdent. Ce n' était pas St Paul ni St Martin in the Fields, on en était trop loin. Ellen aperçut le feu rouge où elle devait traverser. Au moment de poser le pied sur la double ligne jaune qui parcourt le caniveau, elle croisa la silhouette d' un vieil homme semblable à celui de l' Armée du Salut, planté près du 10 Downing Street, la nuit de Noël. Noël... Ellen portait cette même robe de satin rouge dans laquelle elle avait eu si froid, dans la rue, à retirer de l' argent dans une billetterie. Aujourd' hui de sa robe se dégageait un léger mélange de parfum et de sueur... Le ciel était bleu, il faisait chaud et Ellen se sentait ainsi accompagnée par les effluves intimes et troublantes de ses rendez-vous, sur l' eau, dans cette " Little Venice " qu' elle aimait tant. C' est là qu' elle offrait aux regards affolés la vision de sa noire forêt amazonienne, sombre piège où chutait son amant, comme attiré par le mystère de cette sirène ondoyante et sensuelle... Que s' était-il passé ? La cloche qui tintait, c' était soudain comme le glas de ses amours impossibles, le feu rouge le signal de l' interdit, Ellen, pécheresse qui venait de franchir le pont des ultimes soupirs, le revolver dans son sac... La fuite en avant allait pouvoir reprendre. © Nouveaux Mondes




Ellen






April 05

TromPe l' oeil


Entre illusion et réalité, quand la vie ressemble à l' univers du film Blow Up. Partir du sud de Kensington, traverser le parc, se souvenir d' un visage et bientôt poursuivre son chemin en le faisant entrer dans l' abstraction.

 

(Photo by Carlo Nicora)

Un petit escalier, quelques marches plus bas et la rumeur de la capitale s' éloigne... La promenade continue sur une des berges de Regent's Canal. Des forsytias en fleur, une odeur stagnante qui évoque celle d' un étang... De rares promeneurs, quelques cyclistes... Le passage obscur et mystérieux sous des ponts de chemin de fer comme la traversée d' une ville parallèle... Le souvenir de la symphonie London de Ralph Vaughan Williams s' insinue lentement dans la rêverie pour se mettre en accord avec les sons atténués de la ville. Sur l' autre rive, elle finit par se rappeler au promeneur avec ses friches industrielles et ses constructions au bord de l' eau. Des façades encore figées dans le calme de l' après-midi n' offrent que du silence en réponse aux reflets du canal. Soudain, comme surgi du Swinging London, un gratte-ciel des années 60 impose à l' horizon une silhouette surprenante, telle que l' architecture de la ville en réserve régulièrement à celui qui l' observe. Pink Floyd chante-t-il  See Emily play  en 1967..? La remontée a lieu du côté de Westbourne Park, à peu près au pied de la Trellick Tower... © Nouveaux Mondes







 













March 07

Strawberries forEver ?

Ils sont nombreux, attablés dans des restaurants à thèmes, à Paris ou ailleurs en plein hiver,  à céder à la gourmandise surgelée qu' autorise la globalisation... Le rouge est la couleur qui domine et aucun scrupule ne viendra en freiner la conquête. Ils sont nombreux, dans le sud de l' Espagne, en Andalousie, à vivre sous des tentes de fortune, faites du même plastique que celui des serres sous lesquelles ils triment. Ils viennent d' Afrique du Nord et elles sont pour eux, ces conditions d' hébergement précaires et féroces qui donnent à leurs campements un petit air de Sangatte - à l' entrée du tunnel sous la Manche - méditerranéen... Elles viennent de Roumanie, ces femmes jeunes qui transpirent abondamment sous les serres d' Andalousie pour envoyer de l' argent à leurs enfants restés dans leur pays. Elles, eux et tous se trouvent liés, pour le meilleur et pour le pire, par la fraise...  Consommer des fruits et légumes hors saison est devenu normatif. La fraise n' est pas le seul exemple. Mais il est un bon sujet de réflexion, car la fraise constitue un aliment plaisir, symbole de l' été que les distributeurs utilisent comme prétexte pour justifier que l' offre engendre la demande. Mais voilà qu' en Suisse, depuis peu, une jeune femme s' est révoltée et s' est lancée dans une campagne sur internet, contre l' importation de produits hors saison et intitulée " Ras la fraise ". Originaire du Valais et installée à Genève, Sandrine Rudaz s' est rendue compte que même les plus écologistes de ses amis ne savaient pas bien reconnaître ce qui est de saison ou non, une évolution qui l' a particulièrement frappée alors qu' elle a grandi avec les produits du jardin de ses parents. Le but du marketing étant de créer un besoin, « c'est une envie qui naît en voyant les publicités et les fruits proposés " dit Sandrine. C' est pourquoi elle dénonce l'attitude des grandes surfaces qui contribuent à casser le rythme naturel en annonçant la saison des fraises ou des asperges avec plusieurs mois d'avance. Pour elle, " c' est de la désinformation ". Dans sa démarche, Sandrine cherche également à placer en face de leurs contradictions les enseignes qui se réclament d' éthique et d' écologie mais qui entrent elles aussi dans le jeu de la distribution de produits venus de loin, hors saison et souvent à prix très bas. Et c' est bien une question écologique qui se pose là aussi avec des déplacements coûteux en énergie et  polluants, quand il faut faire parcourir des milliers de kilomètres à des produits venus notamment de l' autre hémisphère. En déclarant " arrêter d’acheter, c’est tout simple mais c’est encore ce qu’il y a de plus concret ", Sandrine Rudaz nous rappelle simplement à l' éveil de notre conscience face aux absurdités et aux caprices de la société de consommation et plus largement ne doit-on jamais perdre de vue les enjeux environnementaux et humains, aussi bien en ce qui concerne la manière de cultiver ces produits, leur acheminement, que les conditions de travail de ceux que de telles cultures emploient. © Nouveaux Mondes





Sandrine Rudaz



 










February 28

FuGue

Elle a 31 ans, elle est née à Bruxelles et elle joue du piano depuis l' éternité... Edna Stern a beaucoup voyagé pour se nourrir du talent des autres, de ses maîtres et de ce qui s' inscrit dans la rubrique des mots indicibles, parce que seuls les doigts et l' âme savent déchiffrer des messages secrets et les recevoir en héritage... Cette nuit comme les précédentes, la vie a fait une fugue, plaçant une main dans celle d' Edna et l' autre dans celle d' Amandine Beyer, comme une soeur violoniste dans les sonates de Carl Philipp Emanuel Bach. Une longue fugue, comme une fuite, une traversée de plusieurs jours, tant désirée, pleine de rencontres avec autant de muses qu' avec soi-même, mondes intérieurs où les notes de Toru Takemitsu elles aussi auront redessiné les contours de jardins japonais imaginaires, ou bien se seront fondues en une brume poétique, dans les eaux bleues et paisibles d' un tableau de Whistler. © Nouveaux Mondes








Edna Stern
(photo by Julien Mignot)












February 15

Green wOrld

Munich, en Allemagne... Un curieux convoi mélange piétons et cyclistes dans une joyeuse ambiance de manifestation d' écologistes. Ils transportent des carrés de pelouse, des pots de fleurs et des transats. Des enfants sont là aussi et on se prépare pour une véritable fête. Silvia est brune et elle porte un t-shirt noir imprimé. Sur sa poitrine, elle arbore le logo de Green City. Elle arrive à vélo et tracte une petite remorque dans laquelle a été posé debout un arbuste de près de 2 mètres, déjà tout feuillu. Silvia est membre de Green City, une ONG qui s' est engagée depuis le début des années 1990 à améliorer la qualité de vie à Munich grâce à un urbanisme écologique. Green City est forte de quarante bénévoles très motivés, soutenus par des centaines d' autres membres actifs. Ce jour là, tous n' y sont pas mais comme toujours, l' action engagée consiste à attirer l' attention sur l' utilisation de l' espace public. Chaque action doit relever d' une initiative spontanée de citoyens qui interviennent avec des moyens simples. Le but est de s' approprier un endroit dans la rue pour le transformer en espace vert. Les membres de Green City attendent que les voitures libèrent des places de stationnement et chacun s' y installe avec ses chaises, des transats et des plantes, sur un tapis d' écorce. Silvia a quant à elle apporté son arbuste. D' autres viennent avec des fleurs et très vite l' endroit devient un petit square où l' on pique-nique et où l' on se repose s' il fait beau. " Nous occupons ces emplacements pour empêcher le stationnement des voitures " dit Silvia. Empêcher le stationnement à certains endroits ne constitue pour autant pas la seule fin de l' action de Green City. L' objectif principal est d' alerter les politiques locaux pour réduire l' emprise de la voiture sur l' espace urbain. En même temps, Green City milite pour une réduction du kilométrage parcouru par les véhicules privés à Munich d' au moins 50% par rapport à 1990, dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. C' est pourquoi Green City inscrit sa démarche dans un projet global qui comprend aussi un certain nombre de réalisations comme l' installation de panneaux solaires sur les toits depuis 1999, la promotion de l' électricité écologique et des économies d' énergie dans la ville depuis 2000. Un projet global qui remplit pleinement l' objectif mondial de l' Agenda 21 et dont bien d' autres villes devraient s' inspirer. © Nouveaux Mondes






 





























January 30

SéCulaires

Ils sont un petit nombre, passant là ou assemblés le long de la clôture. L' endroit est agréable et planté de gros arbres. Un barbecue dégage une fumée lente et persistante, tandis qu' une jeune fille entonne un protest song en s' accompagnant à la guitare, au rythme d' un joueur de djembé. À proximité une table avec une pétition qui reçoit des signatures. Ils ont les cheveux longs, viennent en VTT, elles ont des jolies robes et des tenues hippies comme dans les années 60 et il fait beau. Mais le vrai spectacle a lieu plus haut, dans les arbres. On distingue des silhouettes perchées sur les plus hautes branches. Des garçons et des filles en ont entrepris l' escalade, équipés comme des sportifs chevronnés. Déjà installés là pour certains, ils proclament des messages écologistes, comme une jeune fille qui s' adresse à ceux d' en bas : " Je veux vivre dans un monde vert, un monde où il y a des plantes, des arbres. Je veux que mes petits-cousins puissent profiter d' un monde qui ne soit pas qu' en béton ". Depuis décembre 2006, les étudiants écologistes se battent contre un projet de l' Université de Berkeley, en Californie, de construire à cet endroit un complexe sportif. Ce petit bout d' université précisément est planté d' arbres centenaires, promis à la disparition pour faire place à ce complexe. Pacifiques mais radicaux dans leur détermination, les étudiants ont décidé d' utiliser tous les moyens qui retiendraient l' attention des autorités, des médias, pourraient enrayer le processus et empêcher que ne soient coupés ces beaux arbres. Au sol, où les protestataires ont établi leur logistique, une jolie fille blonde rappelle que les étudiants ont utilisé un autre mode de contestation, très visible lui aussi. " On était à peu près 80, on s' est tous allongés ". Quatre-vingts étudiants s' étaient allongés sur le ventre, nus. Elle en faisait partie. La police les a embarqués et tous ont risqué de se faire condamner pour attentat à la pudeur. " Je crois que nous sommes les héritiers de la longue tradition de militantisme à Berkeley ", dit la jeune fille. Nombre d' étudiants comme elle aimeraient revivre les années 60 et leurs mouvements de contestation. Une forme de culture de la contestation s' y est perpétuée, dans la mouvance de celle de San Francisco, si mal vue des gens du Sud comme on le voit dans le film Easy Rider. Le sentiment est grand de reprendre le flambeau, d' entretenir la flamme d' une conscience politique et de s' inscrire dans un héritage. L' héritage du Free Speach Movement, le mouvement pour une parole libre, pour la libre expression, fondé en 1964 et celui de l' opposition à la guerre du Vietnam en 1967 quand Berkeley était un des phares de la contestation, dans ces années où aux États-Unis l' Histoire s' écrivait dans la violence. © Nouveaux Mondes


























January 20

Day of inauGuration

Un jour dans l' Histoire... Un jour dans la vie... Une foule immense, multicolore sur Pennsylvania Avenue, sous un ciel hivernal et bleu. Des visages célèbres se succèdent. Une voix venue du temps de la lutte pour les Droits civiques s' élève, puis s' insinue la douce mélodie d' un quatuor avec clarinette que couvriraient presque des commentaires en bavardages insipides et importuns... Enfin, une éloquente voix de bronze déjà célèbre prononce un discours avec force et autorité. Le ciel a hissé les couleurs depuis longtemps et dispersé des étoiles sur tout l' horizon de cette journée américaine. Loin de là répondent quelques heures plus tard les notes d' une mélodie rêveuse et nostalgique, les échos apaisés d' une ville redevenue tranquille... Un cor anglais et une trompette ont pris le relais des orateurs et s' adressent à un orchestre à cordes, violons, altos et violoncelles, pour un concert nocturne écrit par Aaron Copland.  La nuit venue se souvient des ombres inquiétantes de la jungle dessinée par Duke Elllington, Charlie Mingus et Max Roach, où bat encore le coeur de l' Afrique et elle entr' ouvre des rideaux sur les scènes frissonnantes des fantômes de Nina Simone et Otis Redding... Si la nuit emporte avec elle les rêves d' un jour ensoleillé sur le Capitole, c' est que les lendemains de la jungle de Central Park, assoupi sur les ultimes notes d' un orchestre de jazz,  laissent une question sans réponse dans des temps incertains. © Nouveaux Mondes






Jasper Johns : Flag (1960-1966)





 













January 01

ExistentialiSme

Être passé la nuit dernière, alors que l' entrée était interdite... S' approcher des échos de la fête...  Observer beaucoup de silhouettes troublantes s' agiter autour de la piscine, remplie de champagne. Y découvrir même une de ses connaissances, la voir ondoyer dans l' eau avec sa robe de cocktail, donnant le signal à une sarabande et à une sorte d' abandon total, celui de la fin des temps peut-être...  Une goutte de champagne aura ainsi inspiré tout un voyage fantasque et sera devenue la rivière que l' on aura traversée, du désenchantement  à l' incertitude. Après le petit matin blême du 1er janvier, tout le monde se croise et se décroise, comme au sortir d' une longue étreinte... Puis vient le temps des paroles rituelles, prononcées dans un soupir encore plein des sortilèges de la nuit. © Nouveaux Mondes



























December 25

TraveRse

Écouter Nina Simone chanter Mississipi Goddam et Who Knows Where The Time Goes . Revoir sur son écran le visage d' une jeune femme Afro-américaine. La jeune femme est moulée dans un jean délavé et un t-shirt à manches longues, rouge et bleu marine, sur lequel sont inscrites les initiales FDNY, le logo des pompiers de New York. Elle est chaussée de baskets et porte aussi une casquette noire, visière tournée vers le côté droit. Elle a 29 ans et elle est belle. Son nom est Billie. Nous sommes sur le campus de Yale, la prestigieuse université de la ville de New Haven dans le Connecticut, entre New York et Boston. Obtenir un diplôme de l' Université de Yale ouvre la porte sur une grande carrière, notamment d' avocat, de manager ou dans la politique. Billie a pu bénéficier d' une bourse pour entrer dans cette université et elle en est fière, d' autant que les places y ont longtemps été comptées pour les jeunes Afro-américains. L' époque où Yale était strictement réservée aux classes supérieures blanches est révolue. Les grands-parents de Billie étaient très pauvres et ils n' ont fréquenté l' école que pendant trois ans. Ses parents ne sont guère allés plus loin et elle précise que personne dans sa famille n' a jamais eu l' occasion d' aller étudier dans une université d' élite. " Moi, j' en ai toujours eu envie, dit-elle, mais je n' ai jamais cru que c' était possible ". Pour elle, c' est une expérience " merveilleuse " qu' il ne faut rater sous aucun prétexte. " Elle se souvient du sourire de ses parents à son entrée à Yale, eux qui étaient si contents pour elle. Pour autant, les préjugés raciaux ont-ils complètement disparu ? Le politiquement correct et le communautarisme ont sans doute gommé ou au contraire fait saillir une réalité où le racisme reste présent au quotidien. " Quand j' entre dans une pièce, les gens ne voient pas une diplômée de Yale, mais une fille noire ", déclare calmement Billie. C' est donc elle qui s' efforce de se montrer ouverte,  de casser les préjugés ("open my mind ") pour qu' on puisse la juger telle qu' elle est.  À l' époque où Billie s' est exprimée, les élections présidentielles n' avaient pas encore eu lieu aux États-Unis. Son point de vue ouvert restait nuancé de pessimisme, devant l' omniprésence de la représentation blanche des puissants ou des présidents à la télévision. Le regret de Billie  renvoie aux années 1960 où Nina Simone reprenait " The Times They Are A-Changin' " - Les Temps changent - de Bob Dylan, en concert, comme une prière, accompagnée de son orgue. Depuis, Barack Obama est devenu le premier président afro-américain des États-Unis. Et Billie espère, une fois son diplôme d' économie en poche, devenir productrice de cinéma. Avant d' intégrer Yale, elle avait vécu pendant plusieurs années de petits boulots dans le cinéma à Hollywood. (La photo n' est pas celle de Billie). © Nouveaux Mondes

















December 15

Art décO, Art d' éCo

L' Art d' éco comme crédo... Tel pourrait bien être le slogan qui résumerait la pensée et la démarche de Katell Gélébart. Art déco et Art d' éco, éco comme écologie ou économie solidaire. Katell Gélébart est française. Née en Bretagne il y a 36 ans, Katell se consacre à la création et au design durables. Il y a dix ans, elle a créé le label Art d' éco, tourné vers la mode écologique, le " re used made " et le commerce équitable.  Installée sur la côte bretonne, au Conquet, elle travaille depuis neuf ans dans son atelier avec deux partenaires ukrainiens. De cet atelier situé dans ce petit coin de paradis sortent vêtements et accessoires conçus à partir de matériaux de récupération, Katell Gélébart travaillant exclusivement en réemployant ce qui se trouve à proximité ou dans l' environnement. Papier, sacs et tissu renaissent sous forme de blocs-notes, de sacs, de porte-monnaie ou de vêtements. Une voile de bateau fera un trench-coat, une couverture de la Croix-Rouge ou de l' armée un manteau. Le recyclage, la transformation des déchets constituent la base de sa démarche créatrice, dont l' objectif permanent est le respect de l' environnement. Les matériaux sont choisis pour leur pérennité, les design élaborés pour créer le moins possible de résidus et de pollution. Katell, que l' on pourrait aussi définir comme une citoyenne du monde, ne conçoit pas d' atelier qui ne soit ambulant. Un atelier ambulant " au gré de là où je me trouve ", dit-elle." Pourvu qu' il y ait une table et une machine à coudre ". Si Katell vit en Bretagne, elle voyage beaucoup, à la recherche d' étoffes, de matériaux hors service et d' idées. Elle a participé au mouvement de mode écologique à Amsterdam et puis l' Ukraine, la Nouvelle-Zélande et l' Inde sont devenues des escales régulières pour elle. En Nouvelle-Zélande, Katell a travaillé sur les emballages alimentaires qui représentent un potentiel énorme dans une poubelle. Ainsi des emballages de surgelés ont-ils été transformés en sacs à main. Une chambre à air peut servir aussi à fabriquer des semelles... La démarche écologique de Katell ne constitue pas une fin en soi. À cela s' ajoute une démarche commerciale qui tient compte à la fois de la production elle-même et de sa distribution. Art d' éco ne produit pas en série. C' est dans la limitation, dit-elle encore, qu' elle tient son inspiration. Les créations sont écoulées dans des magasins alternatifs à travers le monde. C' est pourquoi Katell travaille en partenariat avec une ONG en Inde, une association d' artisans, pour que leurs objets soient mieux vendus. Les petits doigts agiles de la jeune femme, précise dans la découpe, l' ont amenée à donner des cours dans des écoles de design. Là comme dans les expositions organisées par Art d' éco, Katell Gélébart peut militer pour le recyclage, un système de production qui soit adapté au milieu local et à la population ainsi que pour le commerce équitable. © Nouveaux Mondes

















December 07

DarK Blue

Un interlude, pour laisser du temps à chaque nuit, pour permettre aux rêves de se laquer d' un bleu profond et de s' abandonner à tous les désirs...
© Nouveaux Mondes




Jeanne Cherhal












November 25

Free whEelin'

Le phénomène est apparu à New York. Il s' est étendu à d' autres métropoles. On les appelle les bicycle ou bike messengers. Ce sont des coursiers et coursières qui se déplacent à vélo et qui défient la circulation dans les grandes villes. Il y a longtemps que les sociétés de portage ont recours à ce type de messagers. Les difficultés à circuler en voiture, la pollution, le gain de temps les ont inscrits dans le paysage urbain. Mais il est un autre critère à prendre en compte. Au-delà de leur fonction première, les bike messengers représentent aussi une certaine tendance, apparaissant comme un symbole de mode de vie urbain, une manière d' être avec ses codes. De comportement, avec le sentiment parfois de pouvoir s' autoriser à être le roi et la reine du macadam ou du trottoir, induit initialement par la fonction. Des incidents et des collisions ont pu survenir avec d' autres usagers de la route, tout comme des accrochages avec la police... Et puis il y a les codes vestimentaires, avec notamment le sac à sangle unique dont la cote a augmenté la popularité de ces messagers et à l' occasion un joli minois fait le reste. Mais la montée de leur popularité, au milieu des années 2000, revient aussi à leur bicyclette, équipée d' un pignon fixe, d' un système de vitesse unique et souvent dépourvue de frein. De New York à Londres ou ailleurs, les bike messengers sont ainsi devenus un phénomène de mode. De nouveaux conquérants urbains se sont emparés de leur matériel et de leurs codes, surtout dans la transgression des règles et du défi au danger pour frimer. En retour ils sont peu acceptés par certains des vrais coursiers qui les accusent de contrefaçon et leur renvoient le terme de " fakengers ", une contraction des mots fake, (bluffeur) et messenger, ou de " posengers ", construit de la même manière pour les traiter de poseurs. Finalement, dans cette sorte de concurrence territoriale, il apparaît que le nombre de faux coursiers dépasse celui des vrais. Tendance, la pratique s' est étendue à d' autres territoires notamment par un détournement ludique, comme l' a fait un graphiste français installé à Londres. Après avoir vu l' exemple à New York, il a lancé le polo bike. Sur des terrains improvisés, des joueurs de polo manient le maillet depuis leur monture à deux roues. Transgression et succès assurés. © Nouveaux Mondes
November 09

Yes wE can !

  Le 2 novembre 2004, le président George W. Bush à peine réélu, le nom d' un homme jeune Noir jusqu' alors inconnu émergeait brusquement, celui de Barack Obama, brillamment élu sénateur de l' Illinois et présenté comme une étoile montante du Parti démocrate, un homme à suivre pour qui lui voyait bien un destin national et au-delà... Le 3 novembre à Los Angeles, un étudiant de 21 ans, James Zelten créait un site sur lequel il se mettait en scène avec un message d' excuse adressé au monde au nom de l' Amérique, pour la réélection de George W. Bush et l' image déplorable de son pays que cette élection risquait de perpétuer. Non, le peuple américain ne se déterminait pas selon une pensée unique et très nombreux étaient ceux qui n' étaient pas d' accord. Ainsi était né un mouvement, " Sorry everybody ", et quelque 8000 photos de citoyens américains apportant une contribution similaire, un message, un dessin, allaient rejoindre le site de James Zelten. Des photos d' excuses, de regret d' avoir tout essayé en vain pour inverser le cours de l' Histoire, des messages d' espoir aussi, malgré les quatre années à venir, après la défaite de John Kerry. Ainsi pouvait-on lire sur la page d' un grand cahier à spirales, tenu par une jeune femme " On a le droit d' être en colère, on a le droit d' être triste, on a le droit d' être déçu. Mais on n' a pas le droit de renoncer, parce qu' il y a toujours de l' espoir pour le futur. P.S : Sorry World "... En 2008, le nom auquel peu de gens avaient sans doute prêté attention quatre ans plus tôt mais qu' une jeune fille avait bien inscrit sous son message d' excuse comme pour passer déjà à un autre avenir, est entré dans l' Histoire, celle qui s' est écrite dans la violence, les assassinats et dans la peur pour les Africains-Américains, que jamais les Blancs ne laisseraient un Noir devenir président des États-Unis. © Nouveaux Mondes


October 27

Entre ciel et feR

Mettre sa vie dans un entre-deux, comme en suspens... Mettre ses pas au dessus de la Tamise, comme pour marcher sur l' eau... Se déplacer entre ciel et fer, sur le Millennium Bridge, le pont du Millénaire. Nous sommes à Londres. Il fait beau, la promenade tourne maintenant le dos au quartier de Southwark, à la Tate Modern, le musée d' Art contemporain et se poursuit en direction de la cathédrale Saint-Paul et de la City. Le pont vibre des pas des nombreux passants qui se dirigent d' une rive à l' autre de la Tamise. De l' autre côté il y a aussi cet étonnant gratte-ciel créé par l' architecte Norman Foster et que les Londoniens appellent the Gherkin, le cornichon, à cause de sa forme qui évoque aussi celle d' un obus. Le Millennium Bridge est une passerelle pour piétons réalisée en acier, conçue elle aussi par Norman Foster. Muni d' une plate-forme d' aluminium, le pont repose sur deux piliers plantés dans la Tamise et est relié à chaque rive par un double jeu de quatre câbles de suspension. La fin du siècle dernier a été marquée par un emploi effréné du terme de millénnium à l' approche de l' an 2000... Les travaux du Millennium Bridge ont commencé en 1998 et lorsqu' il a été ouvert au public, après son inauguration en juin 2000, on s' est rendu compte qu' il était soumis à d' inquiétants effets de phénomène de résonance au passage de la foule nombreuse, se traduisant par un balancement latéral imprévu, comme le roulis d' un bateau. Le Millennium Bridge a dû être fermé pendant plusieurs mois pour qu' on y installe des amortisseurs hydrauliques, afin d' en contrôler les oscillations. La réouverture a eu lieu en février 2002. Entre ciel et fer, sur le Millennium Bridge, on peut désormais prendre la pose avec les nuages comme Emily, tandis que Londres offre aussi à celui qui franchit le Millennium Bridge, dans son étirement infini le long du fleuve, la liberté de laisser se perdre le regard vers d' autres aventures architecturales. © Nouveaux Mondes


October 08

CroSsroads

Arrêté, assassiné, coupé en morceaux, puis jeté dans de l' acide... Rien ne devait en subsister, tel est le sort funeste et horrible qui a été réservé à Patrice Lumumba. Nous sommes au Congo-Kinshasa en 1960, un des plus riches États d' Afrique, ancien Congo belge devenu Zaïre, aujourd' hui République démocratique du Congo (RDC). Patrice Lumumba, dirigeant du Mouvement national congolais devient premier ministre au moment de l' indépendance de son pays. Alors que le pays connaît des troubles et que la région du Katanga veut faire sécession, Patrice Lumumba appelle à l' aide l' URSS en raison de ses sympathies marxistes. Mais les services secrets occidentaux veillent... Patrice Lumumba a déjà fait de la prison. Il est destitué par le président de la République, son rival, puis arrêté par le colonel Mobutu et transféré au Katanga, où il est exécuté en janvier 1961 à l' âge de 36 ans avec la bénédiction des services secrets occidentaux... En 1951 à Nogent-sur-Marne naissait le compositeur français Bernard Cavanna. Bernard Cavanna a commencé le piano à l' âge de neuf ans et s' est passionné très tôt pour la composition. Le parcours de Bernard Cavanna est fait de traverses, où l' on compte autant de rencontres déterminantes, avec des compositeurs tels qu' Henri Dutilleux, Georges Aperghis ou Paul Mefano, mais aussi d' horizons scéniques divers au sein desquels son inspiration trouve à s' exprimer. Bernard Cavanna a travaillé avec Antoine Vitez pour le théâtre aussi bien qu' avec Angelin Preljocaj pour la danse. Bernard Cavanna s' est toujours considéré avant tout comme un autodidacte. Après avoir écrit un concerto pour violon, il a puisé aussi dans le monde de l' enfance et de l' adolescence pour écrire la musique d' un opéra pour enfants des cités, " Reviens, Raphaël ", créé en 2000. Et puis, récemment, c' est de sa propre enfance que lui est venue aussi l' inspiration. Bernard Cavanna s' est souvenu des images violentes et des échos que la télévision renvoyait des convulsions et des déchirements post-coloniaux de cette partie de l' Afrique, alors qu' il était encore enfant. Ses souvenirs et ses impressions ont inspiré une oeuvre écrite pour alto, viole de gambe, deux contrebasses, harpe et timbales. L' oeuvre s' appelle " Trois strophes pour Patrice Lumumba ". Bernard Cavanna s' est exprimé sur France Musique à propos de ce souvenir d' enfance, hanté par la mort de l' homme politique africain. La création de Trois strophes pour Patrice Lumumba aura lieu le 11 octobre 2008 au Festival Présence de Radio France. © Nouveaux Mondes
September 17

Two-way mirrOr

Des photographies et des installations qui retournent au spectateur le questionnement de son regard, ou conçues pour le déranger. Ce sont les oeuvres que Milica Tomic a exposées à plusieurs reprises, notamment aux Biennales de Venise ou de Sao Paulo où elle a été invitée. Milica Tomic est née à Belgrade en 1960. C' est là qu' elle travaille mais elle vit aussi en Autriche. Dans son oeuvre photographique ou ses installations recourant à la vidéo, Milica n' hésite pas à s' inscrire dans le registre de la provocation afin de déranger et de choquer le spectateur. Pour comprendre sa démarche, il ne faut jamais perdre de vue les origines et le contexte dans lequel elle a vécu qui ont inspiré son oeuvre. Milica Tomic est serbe et elle a passé les premières années de sa vie dans une entité, la Yougoslavie, qui a volé en éclats, alors qu' elle était encore une toute jeune femme. Dans un premier temps, la Yougoslavie et la mémoire, marquée par le million et demi de morts, dont la moitié étaient des femmes, au cours de la seconde guerre mondiale. Ensuite, la Serbie, un pays qui aujourd' hui est dans l' attente d' une candidature à l' entrée dans l' Union européenne contre la livraison à la justice internationale de ses criminels de guerre et un règlement concernant le Kosovo. Car entre les deux il y a eu les années d' errement nationaliste et de guerre qui ont conduit à l' éclatement de la Yougoslavie à partir de 1991. Le travail de Milica porte ainsi sur les questions de responsabilité, de violence politique, de nationalité et d' identité et traduit les tensions entre son expérience personnelle - pendant sa jeunesse - et les images que renvoient les médias de son pays. C' est pourquoi elle se consacre tant à la photo et à la vidéo en poussant la transgression le plus loin possible, dans des mises en scène dont elle est l' héroïne. Habillée en partisane patriote, elle pose entre les statues de soldats russes et allemands pour réveiller la mémoire collective et le lourd tribut payé par la Yougoslavie pendant la seconde guerre mondiale. Dans une macabre mise en scène, elle n' a pas non plus hésité à montrer une femme pendue à un réverbère en plein Belgrade, comme une métaphore du suicide collectif d' une nation et de sa culpabilité après les années 1990. Cette image terrible était là pour s' imposer au regard des passants et des automobilistes. Toutes les ambiguïtés et le malaise transparaissent ainsi à travers ces installations. Victimes et résistants pendant la seconde guerre mondiale, les Serbes sont passés du côté des bourreaux au cours des années 1990, en utilisant le levier du passé et du ressentiment nationaliste. Enfin, Milica Tomic n' hésite pas non plus à recourir au registre de la séduction pour dépasser encore plus les limites. En choisissant pour ses héroïnes l' apparence de modèles de couverture de magazine, elle cherche à donner une revanche à la victime en lui attribuant le pouvoir de séduire aussi. © Nouveaux Mondes
August 29

Le desSus, les dessous

Que n' a-t-on fait pour les dernières olympiades, les plus démesurées de l' Histoire... C' était il y a quelques jours à Pékin. De vieux quartiers entiers, rasés, une mémoire totalement effacée et leur population déplacée. Du ciel bleu à la demande, du sur mesure, des canons anti précipitations et la fermeture d' usines pour effacer, oublier le brouillard de pollution. On a parlé et polémiqué aussi à propos de trucage dans la mise en scène de la cérémonie d' ouverture. Pour faire bonne mesure, des " espaces de protestation " avaient été mis en place par les autorités pour témoigner de leur volonté de faire progresser la démocratie dans le pays. Ces espaces sont restés déserts, toute manifestation étant immédiatement interdite et les opposants éloignés. Car c' est bien un climat ultra sécuritaire qui s' est installé sous les ors de la fête et a sévi au cours de ces journées, marquées par l' omniprésence de la police et de l' armée. Des manifestants arrêtés, des étrangers expulsés, des journalistes malmenés. Vingt-deux d' entre eux, notamment britanniques et américains ont été violentés et placés en garde à vue parce que leur tee shirt portait l' inscription réclamant la libération du Tibet... Parallèlement à cela, la censure qui verrouille tout, internet ayant été placé sous contrôle et sévèrement encadré. Et pendant ce temps, ailleurs, la remise au pas de la province du Xinjiang et du Tibet s' est poursuivie, ainsi que la répression contre les Ouïgours, population musulmane de Chine, renforcée après l' attentat commis dans les jours qui ont précédé les Jeux et qui leur a été imputé. Tout récemment, la douce et courageuse épouse du dissident emprisonné a pu réapparaître. Comme la résurgence d' une source, une source qui prendrait naissance dans l' univers poétique du dizi, cette flûte chinoise de bambou au son si pur... © Nouveaux Mondes
August 17

A Love SuprEme

Porter un nom comme une histoire d' amour quand les temps sont à la haine et à la ségrégation entre les êtres... Cela se passe aux États-Unis. Mildred et Richard Loving s' aimaient et s' étaient mariés... Mais Mildred était noire et Richard était blanc. En 1958 en Virginie, une histoire d' amour entre Noirs et Blancs était impossible, inconcevable. En 1958, Mildred Delores Jeter était une jeune fille de 18 ans et elle avait épousé Richard Loving, 25 ans, en dehors de l' État de Virginie, parce que les lois de cet État en bannissaient tout mariage interracial. Revenus en Virginie, que pouvait-il advenir de leur belle histoire ? Le 11 juin, ils sont tous deux arrêtés, dans leur chambre même et condamnés à un an de prison avec l' interdiction de revenir ensemble en Virginie pendant une période de 25 ans... Parce que rien ne peut briser leur amour, Mildred et Richard s' installent à Washington mais Mildred n' a pas le droit de rendre visite à sa famille avec son mari. Le couple fait appel en 1963 à Robert Kennedy, ministre de la Justice, qui donne instruction pour que soit appliquée la récente loi antiségrégation. Un tribunal de Virginie fait fi de l' application de la loi et ce n' est qu' en 1967 que Mildred et Richard gagnent enfin leur combat, l' affaire ayant été portée devant la Cour Suprême. Trente-huit États appliquaient encore des lois interdisant ce qui était qualifié de " croisements " et considéraient les enfants de ces couples comme illégitimes. Progressivement les lois interdisant les mariages interraciaux ont été abandonnées mais cela a duré jusqu' en 2000, l' Alabama, un des États les plus racistes des États-Unis ayant été le dernier à les abroger. Mildred et Richard ont eu trois enfants. Malheureusement en 1975, Richard est tué dans un accident de voiture. Le 2 mai 2008, Mildred décède à Central Point des suites d' une pneumonie. Après sa mort, sa fille Peggy Fortune a déclaré à l' agence Associated Press : " Je veux que les gens se souviennent qu' elle était forte et courageuse, mais également humble et qu' elle croyait à l' amour ". Mildred Loving aurait eu 68 ans le 22 juillet dernier.  © Nouveaux Mondes




August 01

SoLar

Elle ne boit rien d' autre qu' un milk shake en terrasse... Il faisait très chaud à Manchester et Liverpool. © Nouveaux Mondes


 
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fanfanwrote:
 
Je passe juste dire bonjour  :-)
June 26
your space is very enteresanteGuiñoBeso
June 25
.уιуι .wrote:
 
 un tendre bizouxXx H d'une yi r'viendue :)
 
June 25
Sand - rinwrote:
 
 
Tardive ... mais
 
Bonne Fête BlueBoy
 
 
Bisous de la Fée Verte
 
 
 
 
June 17
Today! I'm 'fine Thank. But some day it busy some day it a nice day. I hope you understand.
Good evening! H.
but some time i think of you. Are you Ok?
 
 I can't find my heart. -_-" 
June 17

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